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Dimanche 18 mai 2008

La fin de la colo arrive et notre nouvelle relation pose de gros problèmes. Nous allons nous retrouver dans le monde que pour un temps nous avons quitté. Le charme des vacances, c'est de couper les ponts momentanément avec nos amis, notre entourage journalier et vivre dans un autre environnement, un autre groupe dans lequel nous pouvons vivre, nous exprimer autrement, se faire de nouveaux amis, jouer un personnage que nous ne sommes pas ou au contraire nous libérer et vivre bien plus naturellement que nous ne le faisons d'ordinaire contrains par une éducation, des préjugés, des règles de vie, des obligations morales et matérielles. Dans notre vie de tous les jours, aurions-nous trouvé l'occasion de faire éclore cet amour latent qui depuis de nombreux mois, des années peut-être, nous attirait l'un vers l'autre mais qu'une chape de préjugés, d'inhibitions nous interdisait ?

Notre problème, c'est qu'il va falloir revenir dans notre entourage habituel et présenter notre nouvelle relation, la vivre au vu et au su de tous. J'avoue que je ne m'en sens pas le courage, que cette perspective m'angoisse et attriste ces derniers jours.

Voilà pourquoi nous sommes assis l'un à côté de l'autre, angoissés devant la décision qu'il faut prendre. On dit, on dit pas ? Nous, nous avons envie de vivre notre nouvelle passion sans retenue mais comment notre entourage acceptera-t-il ce changement. Comment mes parents, ceux d'Alex, sa copine accepteront cet amour entre garçons, leurs garçons, son compagnon ? Terribles discussions en perspective, incompréhensions à prévoir, rejets de certains, acceptation des autres ! Notre société a fait quelques progrès dans la reconnaissance des différences, l'acceptation des gays et lesbiennes mais tous, garçons ou filles, doivent faire face à la méchanceté, l'agressivité des homophobes. Plus personnellement je me pose la question de savoir si cet amour qui s'est révélé si soudainement, si tardivement, si récemment tiendra dans le temps ? Même si la réponse semble évidente et la question incongrue, nous devons nous la poser. Car faire tant de ramdam si c'est pour s'apercevoir dans six mois que cette passion n'est qu'un feu de paille, ce serait faire bien du mal à nos êtres les plus chers pour rien ! Si ce soir j'ai envie de répondre que notre amour sera le plus fort, car pur, profondément sincère, ma raison, me dit d'être prudent. Alex en vient à la même conclusion. Nous ne sommes que deux mais nous sentons plus puissants que l'humanité. Contre l'humanité entière peut-être, mais contre nous-mêmes ?

  • -- Est-ce que tu penses que l'on pourra continuer à vivre ensemble ou pas ?
  • -- J'ai une copine, je dois t'avouer que l'idée de lui faire du mal par une déclaration trop brutale soit au-dessus de mes forces, je le crains,
  • -- Ouais, je comprends. Crois-tu que de lui apprendre par petits bouts lui fera moins de mal ?
  • -- T'as raison, rien n'est moins sûr
  • -- J'en suis de plus en plus sûr, le plus sage est de ne rien dire dans l'immédiat. On rentre chez nous. On reprend notre vie comme avant et on verra…
  • -- Ce sera notre secret ! Tu sais qu'on peut se voir facilement ! Alors t'as raison. On attend, on confirme et ensuite on dévoilera la vérité malgré les tempêtes qu'on peut prévoir.

Pour toute réponse, je le prends dans mes bras et l'embrasse en prémisse à une soirée plus détendue et bienheureuse.

Nous nous embrassons passionnément quand la porte de notre chambre s'ouvre et que Rémy apparaît dans l'encadrement. Rémy est un garçon qui travaille à la cuisine. C'est un garçon un peu arriéré qui est employé à titre d'emploi protégé. Nous avons avec lui de bons rapports ce qui n'est pas le cas pour tout le monde. Disons que beaucoup sans réellement lui faire du mal, le chinent, au mieux l'évitent. Si la nature ne l'a pas fait intelligent, il n'est pas stupide et comprend beaucoup de choses, choses qu'il a bien du mal à exprimer. La nature curieusement a enfermer cet être raté, dans un joli corps de belle tournure. Seul, au premier abord, son regard dit que quelque chose n'est pas vraiment normal en lui. Il est souvent la victime de plaisanteries douteuses parfois méchantes. Heureusement pour lui, il ne comprend pas tous les sous-entendus, les jeux de mots. Il n'est pas méchant pour un sou et est toujours prêt à rendre service. Malheureusement comme, il n'est ni futé, ni adroit de ses mains, souvent un peu collant, on l'évite. Il est là debout, la main toujours sur la poignée et nous regarde toujours enlacés et rouge jusqu'à la racine de nos cheveux. Curieusement c'est lui qui rompt ce silence qui devient pesant.

  • -- Vous gênez pas pour moi, de toute façon je savais.
  • -- Quoi ! Tu savais ?
  • -- Oui, vous savez, j'ai vu les regards que vous vous lanciez, vos manières. Les autres, y z'ont pas remarqué mais moi, j'ai compris surtout depuis quelques jours !
  • -- Tu ne diras rien aux autres ?
  • -- Ne vous inquiétez pas les tourtereaux. Les autres ils sont pas gentils avec moi. Souvent ils me font de la misère. Ils pensent que j'comprends pas. Mais vous c'est pas pareil, vous êtes toujours gentils avec moi. Je vous aime bien.
  • -- Merci, t'es sympa.

Il n'est peut-être pas aussi stupide qu'il en a l'air ! Il y a en lui par contre beaucoup de sensibilité, d'humanité. En ce moment, planté là, le regard fixe, inexpressif, nous regardant toujours enlacés avec ce regard qu'ont les enfants lorsqu'ils vous regardent étonnés pour la première fois, j'avoue qu'il me fait peur. De plus tout son corps exprime une certaine agitation intérieure, de l'embarras. Nous n'osons bouger, ne savons que faire, que dire, de peur de déclencher une réaction qui chez lui peut, sans être violente, être bruyante et ce n'est pas ce que nous désirons en ce moment !

  • -- Qu'est-ce qu'il y a Rémy ? Quelque chose ne va pas ? T'as un problème ?
  • -- Ben… J'peux vous poser une question ?
  • -- Bien sûr !
  • -- Qu'est ce que ça fait d'embrasser un garçon ?
  • -- C'est agréable. C'est bon. C'est doux. C'est délicieux.
  • -- C'est la même chose qu'avec une fille ? Parce que moi des filles, j'en ai déjà embrassées à la fête foraine quand il y a le cirque.
  • - Non, c'est différent, c'est une sensation à part. Je ne saurais pas expliquer. Mais pourquoi poses-tu cette question ?
  • -- Ch'ais pas, j'pensais qu'vous saviez ! C'est pure curiosité de ma part.
  • -- J'ai cru que tu allais dire que tu aimerais bien embrasser un mec. Juste pour savoir.
  • -- Ben, t'es pas vraiment dans le tort. J'aimerais bien embrasser un garçon, pour voir ce que ça donne. J'ai jamais osé demander. Mais vous êtes si gentils que j'm'disais que peut-être en vous demandant poliment…
  • -- C'est pour ça que t'es entré sans frapper ?
  • -- Oh non ! Je jure ! J'ai oublié.

Il est si désarmant, si sincère, si malheureux que nous nous regardons avec Alex et que des yeux, nous nous disons : "Pourquoi pas, pourquoi pas lui donné un peu de plaisir lui qui est si desservi par la nature !"

  • -- Tu veux que nous t'embrassions tous les deux pour voir la différence ?
  • -- Vous moquez pas Monsieur Alex ! C'est mal !
  • -- Mais je ne me moque pas. Riton est d'accord avec moi.
  • -- Oui je suis d'accord avec Alex. Pour te faire plaisir.
  • -- On va t'embrasser tous les deux et tu pourras faire la différence avec les filles.
  • -- Approche, et ferme les yeux.

II s'approche apeuré, ferme docilement les yeux, avance le menton, puis les lèvres comme s'il allait embrasser quelqu'un sur la joue. Un magnifique petit cul de poule ! Je m'approche, pose doucement mes lèvres sur les siennes. Je le sens se raidir. Il n'a certainement jamais embrassé la moindre fille. Je commence par de petits baisers sur ses lèvres tendues. Elles sont douces, pulpeuses. Je laisse alors plus longtemps mes lèvres sur les siennes. Il est toujours raide. On croirait un condamné à mort qu'on mène à la guillotine. Je le serre alors dans mes bras, lui dis quelques mots doux à l'oreille et tente de forcer la barrière de ses lèvres toujours crispées. Il se retire subitement, comme effrayé.

  • -- Que se passe t'il ? Tu n'aimes pas ?
  • -- Si.
  • -- Alors pourquoi t'échappes-tu ?
A suivre...
publié dans : Histoires
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